Grandir en Suisse avec des racines capverdiennes, c’est souvent apprendre très tôt à vivre entre plusieurs mondes. Il y a la langue parlée à la maison, les souvenirs racontés par les parents, les plats préparés lors des fêtes, les chansons qui réveillent quelque chose de familier, même lorsqu’on ne comprend pas toujours tous les mots. Et puis il y a l’école, les amis, la vie suisse, les codes locaux, les projets professionnels, les ambitions personnelles et cette question qui revient parfois silencieusement : comment rester attaché à ses origines tout en construisant pleinement son avenir ici ?

Pour de nombreux jeunes issus de la diaspora capverdienne en Suisse, cette double appartenance n’est pas une contradiction. Elle est une richesse. Elle leur permet de naviguer entre plusieurs cultures, de comprendre plusieurs réalités et de développer une ouverture que beaucoup recherchent aujourd’hui dans un monde de plus en plus connecté.

Mais cette richesse demande aussi à être accompagnée. Car une identité ne se transmet pas seulement par les discours. Elle se transmet par les expériences, les rencontres, les événements, les récits familiaux, les engagements collectifs et les espaces où les jeunes peuvent se sentir à la fois reconnus, écoutés et utiles.

(« La jeunesse ne cherche pas seulement des racines ; elle cherche aussi des ailes. »)

Les jeunes Capverdiennes et Capverdiens de Suisse grandissent souvent dans un environnement multiculturel. À la maison, ils entendent parler du Cap-Vert, des îles, des familles restées là-bas, des vacances, des difficultés, des réussites et des sacrifices consentis par les générations précédentes. À l’extérieur, ils évoluent dans une société suisse structurée, exigeante, diverse et tournée vers l’intégration.

Cette réalité peut être très enrichissante. Elle donne aux jeunes une capacité d’adaptation, une sensibilité interculturelle et une compréhension du monde que peu de parcours offrent naturellement.

Mais elle peut aussi créer des tensions intérieures. Certains jeunes peuvent avoir le sentiment de ne jamais être totalement d’ici, ni totalement de là-bas. Trop suisses pour certains membres de la famille, trop étrangers pour certains regards extérieurs. Trop modernes pour les anciens, pas assez enracinés pour ceux qui considèrent que la culture doit rester intacte.

C’est précisément dans cet espace entre deux mondes que les associations comme Archipel 238 ont un rôle essentiel à jouer.

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Transmettre une culture à la nouvelle génération ne consiste pas à lui demander de reproduire exactement ce que les parents ou les grands-parents ont vécu. Les jeunes d’aujourd’hui ont leurs propres codes, leurs propres outils, leurs propres références et leurs propres manières d’exprimer leur identité.

Ils ne vivront peut-être pas la culture capverdienne comme leurs parents l’ont vécue. Ils ne parleront peut-être pas toujours le créole avec la même aisance. Ils ne connaîtront peut-être pas toutes les traditions dans le détail. Mais cela ne signifie pas qu’ils sont coupés de leurs racines.

(« Une culture reste vivante lorsqu’elle accepte de parler le langage de chaque génération. »)

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Les événements culturels, sportifs et associatifs sont souvent les lieux où les jeunes renouent le plus naturellement avec leur héritage. Une fête, un concert, un tournoi de football, un repas communautaire ou une journée multiculturelle peut créer plus de connexion qu’un long discours sur l’importance des origines.

Lorsqu’un jeune voit sa communauté organisée, visible, joyeuse et respectée, il développe un sentiment de fierté. Il comprend que ses racines ne sont pas un poids à porter, mais une force à assumer.

Ces moments permettent aussi aux générations de se rencontrer autrement. Les parents ne sont plus seulement ceux qui transmettent des règles. Les jeunes ne sont plus seulement ceux qui écoutent ou contestent. Tous deviennent participants d’une même histoire collective.

Archipel 238 souhaite justement favoriser ces espaces de rencontre, où la jeunesse peut être présente, active et responsabilisée.

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Le sport, et particulièrement le football, occupe une place importante dans la vie des jeunes issus des diasporas africaines en Suisse. Il permet de rassembler, de canaliser l’énergie, de créer des amitiés et de développer des valeurs fondamentales : discipline, respect, esprit d’équipe, dépassement de soi et fair-play.

Lors de rencontres sportives entre communautés, les jeunes découvrent aussi une autre dimension de leur identité. Ils ne jouent pas seulement pour gagner. Ils représentent une histoire, une famille, une origine, une communauté. Ils apprennent que l’appartenance peut être positive lorsqu’elle est vécue dans le respect des autres.

Ces tournois et rencontres créent des souvenirs forts. On se rappelle d’un but, d’une ambiance, d’un cri au bord du terrain, d’une défaite difficile ou d’une victoire célébrée ensemble. Mais derrière ces moments, il y a quelque chose de plus profond : le sentiment d’exister collectivement.

(« Un terrain de football peut parfois devenir une salle de classe à ciel ouvert. »)

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La nouvelle génération capverdienne de Suisse ne se limite pas à la transmission culturelle. Elle construit aussi son avenir dans l’éducation, l’entrepreneuriat, le sport, les métiers créatifs, le numérique, la santé, le social, la communication et de nombreux autres domaines.

Beaucoup de jeunes issus de la diaspora veulent réussir, mais aussi donner du sens à leur parcours. Ils cherchent à honorer les sacrifices de leurs parents tout en traçant leur propre voie. Certains souhaitent créer une entreprise, développer une carrière internationale, investir dans des projets au Cap-Vert, s’engager dans la vie associative ou devenir des modèles pour les plus jeunes.

Cette ambition mérite d’être encouragée. Elle montre que la diaspora n’est pas seulement tournée vers la nostalgie du pays d’origine. Elle est aussi un espace d’innovation, de progression et de contribution à la société suisse.

Les associations communautaires peuvent accompagner cette dynamique en offrant des opportunités de mentorat, de bénévolat, de prise de parole, d’organisation d’événements, de gestion de projets et de leadership.

L’un des grands défis des associations issues de la diaspora est le renouvellement générationnel. Beaucoup d’associations ont été fondées par des adultes profondément engagés, souvent motivés par le besoin de maintenir le lien avec le pays d’origine. Mais pour durer, elles doivent progressivement intégrer les jeunes dans leur gouvernance, leurs projets et leurs décisions.

Il ne suffit pas d’inviter les jeunes à participer. Il faut leur donner de vraies responsabilités.

Un jeune peut gérer une page Instagram, animer une vidéo, coordonner une équipe de bénévoles, proposer un événement, organiser un tournoi, créer une campagne de sensibilisation ou représenter l’association dans un projet interculturel. Ces responsabilités lui permettent de développer des compétences utiles pour sa vie professionnelle et personnelle.

(« On ne prépare pas la relève en lui demandant d’attendre son tour ; on la prépare en lui confiant une mission. »)

👉 Soutenir les initiatives : Nous soutenir

Être jeune, suisse ou résident en Suisse, avec des racines capverdiennes, c’est porter une perspective particulière sur le monde. C’est comprendre la valeur de l’intégration, mais aussi celle de la mémoire. C’est savoir que l’identité peut être multiple sans être confuse. C’est apprendre à dialoguer avec différentes cultures et à créer des ponts là où d’autres voient parfois des barrières.

Cette double appartenance est une richesse pour la Suisse romande. Elle contribue à une société plus diverse, plus ouverte et plus consciente de la valeur des parcours migratoires.

Les jeunes issus de la diaspora capverdienne peuvent ainsi devenir des acteurs importants du vivre-ensemble. Par leur manière de créer, d’étudier, de travailler, de s’engager et de transmettre, ils participent à construire une société où les origines ne sont pas des limites, mais des ressources.

Pour certains jeunes, le lien avec le Cap-Vert se réveille lors d’un voyage. Pour d’autres, il naît à travers les récits familiaux, la musique, la nourriture, les réseaux sociaux ou les projets associatifs. Mais ce lien peut devenir plus fort lorsqu’il se transforme en engagement.

Participer à une collecte, soutenir un projet éducatif, aider à organiser un événement, contribuer à une campagne solidaire ou s’impliquer dans une association permet de comprendre que l’héritage culturel n’est pas seulement quelque chose que l’on reçoit. C’est aussi quelque chose que l’on choisit de faire vivre.

Archipel 238 souhaite encourager cette jeunesse à devenir actrice du lien entre la Suisse et le Cap-Vert.

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La nouvelle génération capverdienne de Suisse porte une responsabilité magnifique : recevoir un héritage, le comprendre, le réinterpréter et le transmettre à son tour.

Elle n’a pas besoin de choisir entre la Suisse et le Cap-Vert. Elle peut apprendre à vivre pleinement cette double appartenance, à en faire une force personnelle, professionnelle, culturelle et citoyenne.

Pour cela, elle a besoin d’espaces où elle peut se reconnaître, s’exprimer, apprendre, prendre des responsabilités et contribuer à des projets concrets. Les associations comme Archipel 238 ont ici un rôle essentiel : accompagner, relier, valoriser et ouvrir des chemins.

Car l’avenir de la diaspora ne dépend pas seulement de ce que les anciens ont construit. Il dépend aussi de la place que l’on donne aujourd’hui aux jeunes pour continuer l’histoire.

(« La jeunesse capverdienne de Suisse n’est pas seulement l’avenir de la communauté ; elle en est déjà une force vivante. »)

Par Guy Kouam